Un portrait du Mois de l’histoire des Noir.e.s | Roses de Montréal
Un portrait du Mois de l’histoire des Noir.e.s | Roses de Montréal
Quand Olivia MBala a quitté le Canada en 2015, il n'existait aucune ligue professionnelle de soccer féminin pour la retenir. Pour jouer au plus haut niveau, il fallait partir. C'est ce qu'elle a fait.
Direction la France. Grenoble d'abord, puis Rodez, Saint-Malo, Lille. Elle s'est adaptée à une nouvelle culture, a disputé plus de 100 matchs professionnels en une décennie, et s'est construit une carrière dans un pays qui n'était pas le sien, parce que le sien n'avait pas encore de place pour elle.
En juillet 2025, elle est rentrée. La Super Ligue du Nord avait été lancée ce printemps-là, et le Canada avait enfin ce qui lui manquait depuis si longtemps. À 33 ans, Olivia MBala a signé avec les Roses de Montréal pour faire ce qu'elle n'avait jamais pu faire auparavant : jouer au soccer professionnel dans son propre pays.
Elle a grandi à Scarborough, dans l'est de Toronto. Si vous connaissez le quartier, vous savez ce que ça veut dire : des dizaines de langues parlées sur le même coin de rue, des boulangeries antillaises à côté de restaurants vietnamiens, d'épiceries somaliennes, de cafés portugais. L'une des communautés les plus diversifiées au Canada.
« J'ai toujours eu le sentiment d'être chanceuse d'avoir grandi là », raconte MBala. « Être entourée de gens de tant d'horizons différents a façonné ma vision du monde dès mon plus jeune âge. Différentes cultures, langues, cuisines, traditions. Cette diversité m'a donné une vraie fierté de mes origines. »
Elle décrit l'endroit comme le monde entier au même endroit.
Son père, Lopez, est originaire de la République démocratique du Congo. Sa mère, Yolande, a élevé Olivia et son frère Andrew dans un foyer où la culture congolaise était omniprésente : la nourriture, la musique, les valeurs, ce rappel constant de leurs racines et de ce que cet héritage signifiait.
« Mon héritage a toujours été une partie importante de qui je suis. Il y avait toujours cette fierté de nos origines, et mes parents se sont assurés qu'on le comprenne. »
Le soccer était la langue commune de la famille. Les MBala sont supporters d'Arsenal, et pas à moitié. Le genre de supporters qui organisent leurs fins de semaine autour des matchs, qui célèbrent les victoires comme des fêtes, qui passent les repas à débattre de tactiques et à revivre les buts. Pour Olivia, le sport faisait partie intégrante de la vie familiale depuis le début, un fil qui les reliait tous.
« C'était plus qu'un sport. C'était quelque chose qui nous rassemblait. Une tradition familiale. Un langage commun. »
MBala a commencé à jouer à cinq ans avec le Wexford SC, et au secondaire à Birchmount Park Collegiate, elle pratiquait quatre sports : soccer, volleyball, cross-country, basketball. À 17 ans, elle s'entraînait déjà avec les équipes juniors du programme national canadien. À 18 ans, elle partait pour l'Université de Caroline du Nord jouer sous la direction d'Anson Dorrance, l'entraîneur qui avait bâti les Tar Heels en dynastie avec 21 championnats nationaux et un programme qui avait formé Mia Hamm. Parmi ses coéquipières, on retrouvait Crystal Dunn, future vedette de l'équipe nationale américaine.
Elle a marqué son premier but universitaire en octobre 2010, une tête sur corner lors d'une victoire de 5-1 contre Clemson. Après une saison, elle a transférée à Florida Atlantic, où elle est devenue l'une des meilleures défenseures de la Conference USA. Elle a été nommée au sein de la première équipe d'étoiles de la conférence en 2013, puis joueuse défensive de l'année en 2014.
Puis est venue la fin des études, et avec elle la question que toute Canadienne voulant jouer au soccer professionnel devait se poser : et maintenant?
Il n'y avait pas de ligue au pays. Alors elle a misé sur elle-même et pris la direction de la France.
Grenoble, 2015. Division 2 Féminine, le deuxième échelon du football féminin français.
MBala s'est adaptée aux rythmes d'un nouveau pays et d'une nouvelle culture footballistique. Et elle a gagné sa place.
Ce qui a suivi, c'est une carrière de 10 ans à travers le football français. Quatre années à Grenoble, où elle s'est imposée comme une défenseure centrale fiable. Puis Rodez. Puis Saint-Malo. Puis le Lille OSC, l'un des clubs les plus historiques du football français, où elle a signé en 2022.
Une blessure au genou a retardé ses débuts à Lille de plusieurs mois, mais elle est revenue et est devenue un pilier de la défense. Elle a aidé Lille à obtenir une promotion en D1 Arkema, l'élite du football féminin français, et quand le club a été relégué la saison suivante, elle est restée et a continué à se battre. Plus de 100 matchs professionnels. Une décennie à faire ses preuves à chaque niveau, dans chaque club, dans un pays à 5 000 kilomètres de chez elle.
C'est le genre de carrière qui demande de la patience et de la persévérance. MBala a construit quelque chose de vrai en France, un parcours qui parle de lui-même.
Les Roses l'avaient contactée au début de la saison 2025. MBala était intéressée, mais il lui restait encore plusieurs mois de contrat avec Lille, et elle tenait à aller au bout de son engagement. Quand elle a finalement signé en juillet, l'entraîneur-chef Robert Rositoiu a été clair sur ce qu'elle apportait au club.
« Olivia incarne pleinement les valeurs des Roses : discipline, engagement et authenticité. Elle n'est pas seulement une joueuse de haut niveau. Elle élève celles qui l'entourent. »
Elle a fait ses débuts le 3 août, entrant en jeu contre Halifax. Dix ans après son départ, elle jouait au soccer professionnel au Canada.
MBala pense souvent à ce que ça signifie de représenter sa famille quand elle entre sur le terrain. L'héritage congolais de son père. Les valeurs que ses parents lui ont transmises. Les sacrifices qui ont rendu ses opportunités possibles.
« Je pense que mon héritage m'a influencée plus que je ne le réalisais au départ. Il y a une passion, un rythme, une créativité qui font partie de la culture congolaise, et j'essaie d'amener cette énergie sur le terrain. Je porte plus que mon propre nom. Je représente le parcours de ma famille. »
Elle pense aussi aux jeunes filles qui arrivent maintenant, celles qui auront quelque chose qu'elle n'a pas eu : une ligue professionnelle dans leur propre pays, un chemin qui ne les oblige pas à partir. Au secondaire, MBala avait organisé une présentation sur le Mois de l'histoire des Noirs pour ses camarades de classe à Birchmount Park Collegiate. Déjà à l'époque, la représentation comptait pour elle. C'est toujours le cas.
« Je veux que les jeunes filles noires au Canada voient mon histoire et comprennent que leurs origines sont une force. Grandir dans une communauté diverse et travaillante m'a appris la résilience, la fierté, l'importance de rester connectée à qui on est. J'espère qu'elles voient que leurs rêves sont valides, peu importe leur ampleur. »
« Tu as ta place dans tous les espaces auxquels tu aspires. Le sport, les affaires, les arts, peu importe. Parfois, juste voir quelqu'un qui te ressemble peut faire toute la différence. »
Sa bio Instagram contient une citation d'Eleanor Roosevelt : « Personne ne peut vous faire sentir inférieur sans votre consentement. » Ça en dit long sur sa façon d'avancer dans le monde, et sur ce qu'elle espère transmettre.
« Sois fière de tes origines. Appuie-toi sur les gens qui te soutiennent. Et n'aie jamais peur de prendre ta place. »
À 33 ans, Olivia MBala est l'une des joueuses les plus expérimentées de l'effectif des Roses. Une décennie en France. Plus de 100 matchs professionnels. La solidité qui vient d'une carrière construite par la persévérance plutôt que par les raccourcis.
Elle a quitté Scarborough à 18 ans pour la Caroline du Nord. Elle a quitté l'Amérique du Nord à 23 ans pour la France. Elle est revenue à 33 ans parce qu'il y avait enfin quelque chose pour l'accueillir.
Le monde entier au même endroit, c'est comme ça qu'elle décrit son quartier d'enfance. Elle est partie y jouer. Maintenant elle est de retour, et elle porte tout ça avec elle.
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À propos de cette série
Ce portrait s’inscrit dans la série du Mois de l’histoire des Noir·e·s des Roses de Montréal, qui célèbre les joueuses noires qui façonnent l’identité du club. Tout au long du mois de février, nous publierons des profils approfondis de nos athlètes afin de mettre en lumière l’ensemble de ce qu’elles sont : leurs parcours, leurs valeurs, leurs personnalités et leurs points de vue. Des histoires d’excellence, de résilience et de communauté. Des histoires que nous sommes fiers de partager.