HAILEY | UN PORTRAIT DU MOIS DE L'HISTOIRE DES NOIR·E·S

HAILEY | UN PORTRAIT DU MOIS DE L'HISTOIRE DES NOIR·E·S
Écrit par
Zachary Favreau
Publié le
04 février 2026

HAILEY

Un portrait du Mois de l’histoire des Noir·e·s | Roses de Montréal

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« Prends ton passeport et attache ta ceinture. Ça va être toute une aventure. »

C’est ce que Hailey Whitaker dirait à la petite fille de cinq ans qu’elle était. 

À Birmingham, en Alabama, elle est tombée amoureuse du soccer pour une raison toute simple : elle adorait laisser les défenseures derrière elle et faire trembler les filets. Cette fillette deviendrait une marqueuse redoutable avant de se réinventer complètement, plus tard, en joueuse défensive. Elle quitterait aussi le seul pays qu’elle connaissait pour bâtir une vie en Finlande,  puis en Islande, avant de poser ses valises au Canada.

Aujourd’hui, Hailey a 25 ans. Elle a remporté la Coupe d’Islande, joué en Ligue des champions de l’UEFA et s’est imposée comme titulaire avec les Roses de Montréal lors de la toute première saison de la Super Ligue du Nord. Elle a vécu dans quatre pays, sur deux continents. Et partout où elle joue, de jeunes filles noires la regardent jouer. Elles viennent aux matchs. Elles lui écrivent. Elles lui disent qu’elle compte pour elles.

Hailey trace le chemin qu’elle n’a jamais eu sous les yeux. 

« Quand j’étais jeune, il y avait très peu de modèles qui me ressemblaient, » dit-elle. « J’essaie d’être la personne dont la petite Hailey aurait eu besoin, en espérant que ça résonne chez d’autres jeunes filles noires. »

Voici son histoire. 

Birmingham

Hailey Whitaker a grandi à Oak Mountain, dans le comté de Shelby, à une trentaine de kilomètres au sud de Birmingham. Un endroit où le soccer est pris au sérieux. Un endroit aussi, comme elle l’a souvent dit elle-même, où la diversité n’était pas particulièrement présente. Quand elle cherchait des modèles qui lui ressemblaient, ils étaient rares.

Mais il y avait le soccer. Et il y avait son talent, impossible à ignorer.

À l’école secondaire Oak Mountain, Hailey était une machine offensive. En 103 matchs, elle a marqué 107 buts et récolté 58 passes décisives. Championne de l’État en 2025, trois fois nommée sur l’équipe d’étoiles All-Metro, elle s’est taillé une place parmi les attaquantes les plus dangereuses de l’histoire du soccer scolaire en Alabama.

Pourtant, lorsqu’elle repense à ces années, ce ne sont pas les statistiques qui lui viennent en tête. Ce sont les gens.

« Ma communauté, c’est ce qui rend l’Alabama si spécial, » confiant-elle au Beautiful Game Network durant ses années universitaires. « J’ai reçu l’appui d’anciens enseignants, d’anciens entraîneurs, de parents, et même d’enfants que je ne connais pas personnellement. Ils m’encouragent parce que je viens de notre petite communauté. Ça me touche énormément et ça me motive encore plus à me dépasser. »

Fille de Marci et Reggie Whitaker, sœur de Brandon, Cameron et Raegan, Hailey a toujours avancé avec cette base solide en elle. Peu importe la distance, Birmingham n'a jamais cessé de l’accompagner.

Mais pour devenir la personne qu’elle est aujourd’hui, il lui faudrait aller plus loin que tout ce qu’elle avait connu.

Auburn

Hailey Whitaker, Auburn

Elle a choisi l’Université Auburn pour rester près de la maison. À quelques heures de route. Assez proche pour revenir à Oak Mountain, assez loin pour grandir. 

Ce qu’elle ignorait, c’est qu’Auburn allait lui demander de se transformer complètement.

Les entraîneurs voyaient en elle bien plus qu’une marqueuse : sa vitesse, son intelligence de jeu, sa capacité à lire les situations. Et si ces qualités pouvaient servir l’équipe autrement ? Lentement, son poste a glissé. De l’attaque au milieu. Du milieu à l’arrière latérale. La joueuse qui s’était construite autour des buts a appris à trouver sa valeur dans la défense. 

Il a fallu déconstruire des réflexes. Marquer, c’est glorieux. Suivre une joueuse, fermer un angle, réussir un tacle décisif - ça l’est beaucoup moins, du moins en apparence. Hailey a dû apprendre à redéfinir le succès.

Au terme de ses cinq années à Auburn, elle avait disputé 94 matchs, le deuxième plus haut total de l’histoire du programme. Elle avait obtenu des honneurs académiques chaque saison. Et elle était devenue une défenseure.

C’est aussi à Auburn qu’elle a commencé à réfléchir autrement à la notion de visibilité.

Arrivée sur le campus en 2018, elle faisait partie d’une minorité : les étudiant·e·s noir·e·s représentaient environ cinq pour cent de la population. Puis l’été 2020 est arrivé. Le meurtre de George Floyd à Minneapolis. Les athlètes, partout au pays, ont élevé leurs voix, marché, exigé des changements. À Auburn, Hailey faisait partie de ce mouvement. 

C’est à ce moment qu’elle a commencé à remarquer de jeunes filles noires dans les gradins. Des adolescentes qui l’attendaient après les matchs. Qui lui disaient qu’elle les inspirait. 

« À Auburn déjà, de petites filles venaient me voir pour me dire à quel point je les inspirait en tant qu’athlète noire, » confiant-elle à La Presse l’an dernier.

Elle a compris que le simple fait d’être vue avait un impact. Le chemin qu’elle traçait ne lui appartenait plus seulement. 

L’Europe

Après l’université, Hailey aurait pu rester près de chez elle. Elle a plutôt pris l’avion.

Direction la Finlande d’abord, où elle a porté les couleurs d’Åland United en 2023. Sa première expérience dans un pays où l’anglais n’était pas la langue principale. Puis l’Islande, avec Valur Reykjavík, où elle a joué chaque minute de chaque match de championnat. Elle y a remporté la Coupe d’Islande et goûté à la Ligue des champions.

Chaque étape l’éloignait un peu de la maison. Mais chaque étape multipliait ses opportunités.

« Il n’y a pas beaucoup de diversité là d’où je viens, » explique-t-elle. « Quitter la maison a complètement changé ma perspective, autant sur le monde que sur la personne que je veux devenir. J’adore apprendre et m’immerger dans différentes cultures - il y a quelque chose de profondément beau dans chacune d’elles. »

Le championnat islandais est physique, exigeant. À 5’1”, Hailey n’impressionne pas par sa taille. Elle a donc appris à en faire une force : centre de gravité bas, pieds rapide, changements de direction que les joueuses plus grandes peinent à suivre.

« J’ai l’impression de porter en moi un morceau de chaque pays où j’ai vécu, » dit-elle. « J’ai des ami·e·s un peu partout qui me rappellent d’où je viens… et qui je deviens. »

Montréal

Hailey s’est jointe aux Roses de Montréal le 6 février 2025. À la fin de la saison, elle avait cumulé 2 019 minutes de jeu et contribué à la qualification de l’équipe pour les séries, lors de cette première année historique. En novembre, elle a prolongé son contrat jusqu’en 2026. 

Elle a retrouvé un chez-soi.

« Montréal est incroyable, » dit-elle. « Les gens, la bouffe, la ville, la langue… il n’y a rien de comparable. La communauté m’a accueillie à bras ouverts, comme si j’étais des leurs. Ça signifie énormément pour moi. »

Elle prend le métro pour explorer la ville. Elle apprend le français avec ses coéquipières. Une nouvelle langue. Une autre culture. Un autre lieu où s’enraciner.

« Quand tu te sens bien mentalement et que tu es fière de ton club, de ta ville et de tes partisan·e·s, ça se reflète directement sur le terrain. »

Et encore une fois, les jeunes filles la trouvent. Les messages continuent d’arriver. La responsabilité qu’elle a ressentie pour la première fois à Auburn l’a suivie à travers l’Atlantique, de la Finlande à l’Islande, jusqu’au Québec. Elle n’a fait que grandir. 

« C’est une immense responsabilité pour moi, » dit-elle. « Je reste toujours fidèle à moi-même et j’essaie de montrer l’exemple, tout en prenant plaisir à jouer. J’espère que les jeunes filles noires peuvent voir, en me regardant, que tout est possible. »

Elle a déjà été tant de choses : une marqueuse, une défenseure, une Américaine à l’étranger, une inconnue qui a appris à se sentir chez elle, encore et encore. Elle sait que la personne qu’elle est aujourd’hui ne sera pas celle de demain.

Et quelque part, une jeune fille la regarde. Elle voit quelqu’un qui lui ressemble. Et elle commence à y croire. 

À propos de cette série

Ce portrait s’inscrit dans la série du Mois de l’histoire des Noir·e·s des Roses de Montréal, qui célèbre les joueuses noires qui façonnent l’identité du club. Tout au long du mois de février, nous publierons des profils approfondis de nos athlètes afin de mettre en lumière l’ensemble de ce qu’elles sont : leurs parcours, leurs valeurs, leurs personnalités et leurs points de vue. Des histoires d’excellence, de résilience et de communauté. Des histoires que nous sommes fiers de partager.