FÉLICIA | UN PORTRAIT DU MOIS DE L'HISTOIRE DES NOIR·E·S

FÉLICIA | UN PORTRAIT DU MOIS DE L'HISTOIRE DES NOIR·E·S
Écrit par
Zachary Favreau
Publié le
18 février 2026

Un portrait du Mois de l’histoire des Noir·e·s | Roses de Montréal

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Ses coéquipières sont parties.

L’une après l’autre, elles ont pris le chemin des universités américaines. Les bourses, les programmes NCAA, les opportunités. Le chemin logique pour une joueuse québécoise qui veut atteindre le plus haut niveau. Félicia Roy les a regardées partir.

Elle a choisi de rester.

« Beaucoup de mes coéquipières sont parties aux États-Unis pour continuer leurs études et profiter des opportunités là-bas, ce qui est vraiment incroyable. Mais moi, je ressentais le besoin de rester ici, de poursuivre mes études à Montréal. »

Elle n’avait aucune garantie. Le programme féminin de l’Académie du CF Montréal s’arrêtait aux U-18. Pas d’équipe professionnelle au-dessus. Pas de passerelle vers le haut niveau comme les garçons en avaient une. 

Et puis les Roses sont arrivées. 

« C’est arrivé au moment parfait. C’était un moment où je m’y attendais le moins. Un moment de doute, mais je n’ai jamais abandonné. J’ai toujours suivi ce que je ressentais dans mon coeur. »

Félicia Roy a 19 ans. Elle est l’une des plus jeunes joueuses des Roses de Montréal. Et elle joue chez elle, devant sa famille, parce qu’elle a fait confiance à son instinct quand tout lui disait de partir. 

Deux cultures

Elle est née d’une mère haïtienne et d’un père québécois. Moïka, originaire de Dessalines, en Haïti. François, de Montréal. Félicia a grandi à Saint-Bruno-de-Montarville.

« J’ai grandi avec deux cultures très fortes qui m’ont beaucoup façonnée. Ces deux cultures m’ont donné un équilibre : la passion et la combativité d’Haïti, combinées à la discipline et à l’organisation du Québec. »

À la maison, la culture haïtienne passait par la langue, la musique, les moments en famille. Des valeurs qui se sont imprimées en elle : la famille, la résilience, la fierté des racines. 

« Comme personne, ça m’a appris à être fière de mes racines et ouverte sur le monde. Comme joueuse, ça m’a donné une identité unique : je joue avec le cœur, mais aussi avec intelligence et discipline. 

Porter les autres

Félicia n’a jamais vécu de racisme.

Elle le dit sans détour. À Saint-Bruno, à l’école, dans ses équipes, on l’a toujours bien accueillie. On la voyait comme joueuse. Ce qui comptait, c’était son travail, son attitude, ses performances. 

« J’ai grandi dans un environnement où je me sentais à ma place, et ça m’a permis d’avoir confiance en moi et de me développer tranquillement. » 

Elle sait que cette chance n’est pas universelle. 

« Je pense que tout le monde devrait se sentir à sa place dans tout ce qu’on entreprend. Personne ne devrait se sentir différent ou mis de côté à cause de sa couleur de peau ou de ses origines. On devrait être unis, se respecter et s’encourager. Le sport, comme la vie, devrait être un endroit où tout le monde a sa chance et peut poursuivre ses rêves sans obstacle lié à qui on est. »

« Je sais que certains de mes proches ont vécu du racisme et des moments très difficiles. Même si moi je ne l’ai pas vécu directement, je suis consciente que ça existe et que ça fait partie de leur histoire. Je porte ça dans mon cœur. Je sais qu’ils se sont battus pour devenir les personnes qu’ils sont aujourd’hui. Je sais que ça n’a pas été facile pour eux. Leurs histoires et leur force font partie de moi aussi. Ça m’aide à rester reconnaissante, à être fière de mes origines et à ne jamais oublier d’où je viens. »

Le frère

Avant Félicia, il y a eu Zachary. 

Son grand frère. Le premier à signer un contrat professionnel, à 18 ans, avec l’Atético d’Ottawa. Pendant trois ans, Félicia l’a regardé vivre ce qu’elle espérait vivre un jour. Elle a appris de loin, puis de près, quand ils s’entraînaient ensemble. 

« Le voir réaliser son rêve m’a beaucoup inspirée et m’a permis d’apprendre de ses expériences. Grâce à lui, je savais un peu à quoi m’attendre dans le monde professionnel et j’ai pu devenir plus mature avant même de signer mon premier contrat. »

En 2022, ils ont fait les manchettes ensemble. Lui signait son contrat pro. Elle remportait le bronze avec le Canada au Championnat CONCACAF U-17, à 16 ans. Deux jeunes de Saint-Bruno. 

« On se soutient beaucoup tous les deux. Il est toujours là pour me conseiller et m’encourager. Son soutien m’a vraiment aidée à devenir la joueuse que je suis aujourd’hui. »

« Je ferais tout pour le rendre fier. »

Chez elle

Jouer à Montréal, ce n’était pas le plan B. C’était le rêve. 

« Jouer ici représente beaucoup pour moi. Je dirais que c’est avant tout de la fierté. Je n’ai jamais abandonné, je suis restée disciplinée et j’ai écouté mon coeur. Et pouvoir jouer devant ma famille et mes amis, à Montréal, c’est vraiment un rêve. »

Félicia Roses

Elle ne le prend pas pour acquis. La plupart des joueuses canadiennes doivent s’expatrier pour jouer au plus haut niveau. Elle, elle rentre à la maison après les matchs. Ses parents sont dans les gradins. 

« Je sais que beaucoup de joueuses canadiennes aimeraient avoir cette opportunité de jouer chez elles, devant leurs proches. Donc je suis très reconnaissante et je profite de chaque moment. »

La Super Ligue du Nord n’existait pas il y a deux ans. Aujourd’hui, elle change des vies. Celle de Félicia Roy en premier.

Aux jeunes filles

À 19 ans, Félicia est encore en train d’évoluer. Mais elle a déjà un message pour celles qui rêvent. 

« Ce que je dirais aux jeunes filles qui rêvent de devenir professionnelles, c’est avant tout de suivre ce qu’elles aiment vraiment. Il ne faut pas se forcer à faire quelque chose juste parce que les autres le font ou parce qu’on pense que c’est le chemin à suivre. Il ne faut pas non plus se comparer aux autres, parce que chacun a son parcours et son rythme. »

Elle a vécu des moments de doute. Les bas. L’incertitude de ne pas savoir si le chemin qu’elle avait choisi menait quelque part. 

« Il est normal d’avoir des moments difficiles, des bas ou des doutes, mais il faut garder la tête haute et continuer à avancer. Et surtout, il faut croire en soi. Tout est possible pour celles qui y croient et qui travaillent pour atteindre leurs rêves. »

« Je veux que les jeunes filles sachent qu’elles ont le droit de rêver grand, qu’elles ont le droit de se battre pour leurs objectifs et qu’elles peuvent y arriver si elles s’en donnent les moyens et croient en elles. »

Félicia Roy a fait le pari de rester. De faire confiance à son instinct quand le chemin n’existait pas encore. De porter avec elle deux cultures, l’exemple de son frère, et les histoires de ceux qui se sont battus avant elle. 

Elle joue avec le cœur. Elle joue avec intelligence et discipline. Elle joue chez elle. 

Le pari de rester à porté fruits. 

À propos de cette série

Ce portrait s’inscrit dans la série du Mois de l’histoire des Noir·e·s des Roses de Montréal, qui célèbre les joueuses noires qui façonnent l’identité du club. Tout au long du mois de février, nous publierons des profils approfondis de nos athlètes afin de mettre en lumière l’ensemble de ce qu’elles sont : leurs parcours, leurs valeurs, leurs personnalités et leurs points de vue. Des histoires d’excellence, de résilience et de communauté. Des histoires que nous sommes fiers de partager.